PAS SEULS SUR LA TERRE

Trouver un éditeur pour un nouveau roman à publier

Résumé

Le roman raconte les souvenirs de colonie d’un adolescent dans les « années 70 ». Aventures, humour et poésie pour cette plongée dans l’univers de la prime adolescence.

« Yann se souviendra toute sa vie de ce premier été passé en colonie de vacances au cœur des années 70. D’abord parce que c’est la première fois qu’il quitte sa ville de Grenoble. Ensuite parce que le relais des Haleurs, situé en bord de Loire, est un véritable paradis pour les jeunes vacanciers. Mais aussi et surtout parce qu’il y a ce fleuve immense, brodé de légendes et semé d’îles sauvages, que l’adolescent émerveillé imagine peuplées de fantômes et de châteaux en ruines. La découverte d’une veille barque vermoulue dissimulée sous la végétation sera à l’origine de la plus incroyable aventure de sa jeune existence, qui lui permettra de s’épanouir dans l’adversité. »

Extraits

 

Je suis né dans la ville de Grenoble, sous la colline de la Bastille et son fort plus que centenaire, quelques années avant que l’homme ne marche sur la Lune. La Bastille, c’est un gros mamelon potelé, la dernière ondulation des montagnes de Chartreuse, parée du collier bleu de la rivière Isère à sa base et suspendue au-dessus de l’antique capitale alpine. Elle n’est pas bien haute cette ondulation, mais comme c’est à son pied qu’a poussé la cité romaine, elle monte très haut dans le ciel grenoblois et, souvent, des nuages d’été s’y amoncellent comme de la chantilly sur un café viennois.

La Bastille est le belvédère favori des Grenoblois. Ils y grimpent volontiers, soit par un sentier semé d’escaliers, soit installés confortablement dans l’une des cabines de son célèbre téléphérique. Cela leur permet d’échapper à la touffeur estivale ou d’épater un ami de passage. Car, de là-haut, la ville se révèle d’un seul regard, de même que sa vallée en Y, rendue aussi plate qu’un billard par l’opiniâtreté d’un glacier préhistorique. La vue bute dans toutes les directions sur de hautes montagnes qui semblent soutenir le ciel. Au levant sur les cimes pointues de la chaîne de Belledonne, bleues à force de côtoyer le firmament, au couchant sur les hauts plateaux bordés de falaises du Vercors. J’ai souvent profité de ce point de vue unique, que nous gagnions le dimanche à la force de nos mollets, admirant au passage le reflet inversé de la cabine du téléphérique filer sur les eaux fumantes de l’Isère.

Mon père, qui s’appelle Victorin, est le dernier enfant d’un immigrant italien venu poser ses valises durant l’entre-deux-guerres au creux du vallon de Chambéry. A ceux qui soulignent que son prénom ne sonne pas italien, mon père répond invariablement que son géniteur, craignant par-dessus tout que ses enfants ne soient considérés comme des apatrides, leur avait donné à tous des patronymes bien français. La famille est toujours établie à Chambéry, mon père est le seul à s’en être éloigné, délaissant à l’âge de dix-huit ans l’ancienne principauté savoyarde au profit du Dauphiné, l’ennemi héréditaire, comme l’Angleterre avait pu l’être un temps pour la France. C’est à Grenoble que Victorin rencontra ma mère, Julie, à l’occasion d’un bal du 14 juillet. Ils se marièrent dans cette ville et donnèrent naissance à mes trois sœurs, que je rejoignis une dizaine d’années plus tard.

Mes souvenirs de Grenoble sont nombreux et majoritairement agréables : le parc ombragé du jardin de ville et son kiosque à musique, où mes sœurs veillaient sur mes jeux enfantins en jacassant sur les bancs en fer forgé, est le premier qui me vienne à l’esprit ; l’essoufflante montée de la Bastille, que la perspective d’un sorbet au citron me rendait moins pénible, compte également au nombre de ces images heureuses ; et il y a bien sûr notre appartement aux tapisseries kitsch de la place Grenette, où je montais des embuscades à notre chienne Griotte, au détour de couloirs mal éclairés et de canapés décatis semblant dater de la construction de l’immeuble.

Mais aucun de ces souvenirs n’égale celui que je conserve de mon premier été en colonie de vacances, passé sur les rives de la Loire, tellement loin de mes chères montagnes qu’il semblait que j’allais devoir changer de planète pour y parvenir. Je venais d’avoir dix ans et je redoutais par-dessus tout le déchirement de cette première séparation. Pourtant, une fois l’autocar qui devait m’emmener dans l’Indre-et-Loire lancé sur les routes nationales, je fus aussitôt captivé par tous ces paysages inconnus glissant derrière la vitre.